Marc et Sonia, condamnés mais toujours déterminés

Sonia et Marc Linden, deux manifestants mosellans, ont été condamnés le 7 mars dernier à 4 mois de prison avec sursis pour des violences contre les forces de l’ordre. Cela n’entame pas leur motivation.

Sonia et Marc ont été jugé par le tribunal correctionnel de Metz, au palais de justice (photo)

Selon le ministère de la justice, quelque 2000 personnes ont été condamnées depuis le 17 novembre 2018 dans le cadre du mouvement des Gilets Jaunes. Marc Linden, 55 ans et sa fille Sonia 33 ans l’ont été après la première protestation régionale à Metz le 29 décembre. Ils assurent que « cette manifestation s’est passée comme les autres. »

Tout a commencé sur l’autoroute où un blocage était mis en place. Les forces de l’ordre sont alors intervenues pour réguler la circulation mais, selon Sonia, tout se déroulait comme prévu : « Il y avait une très bonne ambiance, on écoutait même de la musique. » De retour en ville, les deux protagonistes ont décidé de défiler avec d’autres Gilets Jaunes. Là encore, tout se passait dans un calme relatif.

A la tombée de la nuit, des groupes violents ont affronté les forces de l’ordre, des feux ont été allumés et du mobilier urbain a été dégradé dans le centre-ville messin. Deux mois plus tard, Marc et Sonia ont été interpellés. La garde a vue qui a suivi a duré près de sept heures. Suite à cela, trois chefs d’accusations ont été retenus contre eux, qu’ils contestent en grande partie.

Concernant le renvoi volontaire de gaz lacrymogènes en direction des forces de l’ordre, il ne s’agissait pour eux que d’« éloigner les palettes en plastique ». Il leur également reproché de ne pas avoir quitté la manifestation après sommation, mais « personne n’a entendu l’ordre de se disperser. » Seule Sonia reconnaît avoir alimenté un feu de poubelle.

Un procès sous haute tension

Ce 7 mars, leur procès s’est déroulé au tribunal correctionnel de Metz. Des Gilets Jaunes  et des militants politiques étaient venus soutenir le père et la fille. « J’avais l’impression que le déroulement de l’audience était un sketch », raconte Marc.

Pour les deux prévenus, le dossier d’accusation était vide. Marc estime que le procureur, durant son réquisitoire, a donné un cours « théorique » sur le maintien de l’ordre par la police et la gendarmerie : « Ça se voit qu’il n’a jamais mis les pieds dans une manifestation. »

Autre étrangeté, les prévenus ont été questionnés sur leur réaction face à des situations extrêmes :  quelle serait leur attitude face à l’incendie d’un commissariat ?  À un lynchage de policiers ?  À des émeutes violentes impliquant des jets d’essence ? Ces questions sont restées sans réponse. Le « clou du spectacle », selon Marc, se produit à la fin du réquisitoire, lorsqu’une comparaison est faite entre la situation en France et celle en Palestine : « Il [le procureur] affirme que les Gilets Jaunes ont de la chance […] que si nous étions face à l’armée israélienne, nous aurions pris des balles. »

Une ambiance glaciale s’est alors installée dans la salle mais l’atmosphère s’est vite réchauffée lorsque la décision est tombée : 4 mois de prison avec sursis au lieu des 5 demandés par le procureur pour le père et la fille. En ce qui concerne les dégradations, Sonia sera jugée prochainement.

Marc estime que c’est un procès d’intimidation et qu’il y a tout de même une injustice : « même quand on ne fait rien, on se retrouve au tribunal. » Ils ont donc décidé de faire appel.

Engagés dès la première heure

Avant le mouvement des Gilets Jaunes, le père et la fille avaient notamment participé au mouvement « Nuit debout » en 2016, à Paris. Leur revendication principale ? Combattre l’injustice sociale.

« Mon porte-monnaie n’est pas vide mais certains gagnent cent fois plus que d’autres et ce n’est pas normal », déclare Sonia. Un pouvoir d’achat en berne, une baisse des APL, une pauvreté davantage visible : une accumulation qui les pousse à manifester chaque semaine. Ils ne portent pas la responsabilité uniquement sur la politique d’Emmanuel Macron mais sur le « capitalisme pourri » qui régit la société. « Cela fait trente, quarante ans que ça dure […] On est arrivé au maximum de ce que la société pouvait endurer. »

Leur engagement dans le mouvement des Gilets Jaunes s’est traduit par le blocage du rond-point d’Ennery, fin novembre, et des rencontres avec la population devant des lieux destinés au Grand débat qu’ils jugent « ridicule ». Par la suite, leur présence chaque week-end aux regroupements régionaux ou nationaux était de rigueur. Ils se trouvaient  de nouveau à Metz le 23 mars et à Paris le samedi suivant.

« C’est notre droit de manifester » (Marc)

La condamnation du tribunal de Metz n’affecte pas leur détermination, tout comme les dommages physiques qui peuvent découler des rassemblements. En effet, Sonia a été blessée à la main lors d’une manifestation à Épinal, en février dernier. L’été approchant ne leur fait pas peur non plus, ils en plaisantent même : « Si l’on peut faire des barbecues partout […] mais on espère que ce sera fini avant ! »

Partisans de la France Insoumise, Marc et Sonia espèrent aboutir à la création d’une VIe République. Pour le moment, le mot d’ordre est de rester unis contre le gouvernement. Pour y parvenir, il faut, selon eux, « bloquer le pays économiquement, qu’il n’y ait plus rien qui bouge. » Syndicats ou simples manifestants sont les bienvenus :  « Chaque Gilet Jaune compte. »

Sonia et Marc ont un avis très tranché sur les médias. Selon eux, une forme d’auto-censure de la part des journalistes existe car ils travaillent tous pour quelqu’un ou un groupe : « Ils ne travaillent pas pour le peuple ou pour les informations. Ce qu’ils ont montré sur le mouvement n’est en aucun cas représentatif, les chaînes d’information en continu ont le don d’en rajouter encore plus. » Cependant la situation commence à s’améliorer depuis deux ou trois semaines, selon le père : les médias se focalisent sur les casseurs car « ils sentent le vent tourner ».

Un avenir incertain

Le père et la fille n’ont aucunement participé au Grand Débat ni écrit dans les cahiers de doléances qui étaient mis en place. La seule action qu’ils ont accomplie était, au contraire, d’aller devant les lieux de rassemblement du Grand débat avec d’autres Gilets Jaunes, pour essayer de convaincre des personnes de ne pas y participer. Ils n’y voient pas l’intérêt. Pour eux, c’est encore un plan de communication du président pour l’aider à augmenter sa cote de popularité ou celle de son parti pour les élections européennes.

« On a bien vu que lorsque les Gilets Jaunes ont essayé de participer, ils se sont fait remballer très vite. C’est la preuve que l’on ne peut pas dire ce que l’on veut », affirme Sonia.

Sonia et Marc sont convaincus que le mouvement va prendre de l’ampleur au fil du temps. Beaucoup plus de personnes vont adhérer jusqu’à ce que quelqu’un « craque ». Mais qui ? Les Gilets Jaunes ? Le gouvernement ? Sonia a la réponse : « Ce ne sera pas nous, nous avons passé quatre mois à se battre et on ne va pas s’arrêter là. » La force de ce mouvement social est qu’il n’est en aucun cas représenté par un quelconque syndicat. Il est né d’un simple appel sur les réseaux sociaux « les personnes qui manifestent sont devenus militants car ils en avaient ras le bol de ce qu’il se passait. »

Il n’y a pas vraiment de comparaison possible avec le mouvement Nuit Debout qui s’est déroulé en 2016, selon les protagonistes. Les revendications ne sont pas les mêmes, il y a beaucoup plus de diversité : les manifestants ne partent pas de la même base de réflexion, ce qui donne une certaine particularité au mouvement. Cette dernière crée des tensions. Selon l’endroit où l’on manifeste et les ronds-points que l’on souhaite occuper, la règle d’or est de ne pas parler de politique avec les Gilets Jaunes présents : « Il y a des choses qu’il ne vaut mieux pas aborder », nous confie Sonia. Avec l’approche des élections, auxquelles Sonia et Marc vont prendre part, la crainte que des disparités renaissent plane. Elles risquent ainsi d’affaiblir le mouvement. « Il faut que l’on soit tous ensemble ».

Rayene Boumerdas, Lola Amato

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