Quand un manifestant met au placard son gilet jaune

Après plusieurs mois d’engagement, Florian, un jeune chauffeur routier sarregueminois de 21 ans a décidé de quitter le mouvement des Gilets Jaunes. Il témoigne.

Un manifestant abandonnant son gilet jaune. Photo Mélissa Keller

La mobilisation des Gilets Jaunes dure depuis novembre 2018. Au départ, il a regroupé jusqu’à 300 000 participants. Depuis début décembre, ce chiffre dégringole. Florian, grand passionné d’automobiles, a connu le mouvement en se baladant un jour sur la page Facebook « Muster Crew », une association d’automobilistes. C’est ainsi qu’il a croisé la route d’Eric Drouet, également chauffeur routier et membre du groupe. Ce dernier deviendra par la suite un des piliers du mouvement des Gilets Jaunes. Très vite, Florian lui emboite le pas.

Au début, il se reconnaissait dans le mouvement, comme beaucoup,  pour une question de pouvoir d’achat : « Je suis jeune, je vis seul, je travaille depuis toujours, et pourtant, je n’ai jamais vraiment réussi à m’en sortir. J’ai plus de dépenses obligatoires tous les mois que de rentrées d’argent. On me refuse toutes aides. »

« Il était possible d’y faire beaucoup de choses » 

Dès l’Acte I, le 17 novembre 2018,  le jeune homme a participé au blocage de la frontière franco-allemande à Sarreguemines. Puis, par solidarité et volonté, il prend part aux ouvertures des barrières au niveau des péages, au blocage de poids lourds étrangers et à la fermeture de stations-services. Mais Florian ne s’arrête pas là. Il occupe aussi, dès qu’il le peut, des ronds-points, lieux où il a tissé de nombreux liens avec d’autres manifestants. Il se rendait notamment sur celui d’Hambach, endroit stratégique, car c’est un rond-point en sortie d’autoroute : « Il était possible d’y faire beaucoup de choses » s’exclame t-il.

« Je suis devenu ami avec certains d’entre eux »

Le Sarregueminois nous raconte l’ambiance bon enfant qu’il y avait sur les ronds-points et durant les manifestations. Des amitiés se sont formées. Même si tous ne partageait pas les mêmes revendications, ils soutenaient tout de même le mouvement. Ils s’y reconnaissaient et partageaient un but commun : une meilleure vie et une France plus juste pour tous. 

« Je me suis éloigné du mouvement »

Les actions s’enchainent au fil des semaines mais Florian ne se sent désormais plus de continuer. Il s’éloigne peu à peu. Le moment décisif a été une altercation avec d’autres manifestants : « J’ai commencé à m’énerver contre quelques Gilets Jaunes du groupe d’Hambach. Ils persistaient à effectuer des actions inutiles, comme bloquer des particuliers. Le pire, c’est quand ils se déguisaient en poule avec un gilet jaune pour faire acte de présence… ». Effectivement, se déguiser en poule, ne contribue pas à crédibiliser le mouvement. Florian insiste également sur le fait que personne ne l’a retenu, ni jugé. 

Il arrive donc que certaines actions soient ridicules, mais pour lui, la presse a aussi un rôle majeur, car elle « décrédibilise sans cesse le mouvement. Les bonnes actions sont très peu relayées médiatiquement ». 

« La police recherche le contact, et pas en douceur »

Les violences durant les manifestations ont fortement participé à son éloignement : « À Phalsbourg, ils sont arrivés, nous ont encerclé avant même qu’on puisse essayer de dialoguer. On a entendu hurler « Lacrymo ! » et on s’est fait arroser. » La violence fait partie du quotidien des Gilets Jaunes. Ces derniers sont souvent associés aux casseurs et les forces de l’ordre leur appliquent le même traitement. Constat identique concernant les politiques. Pour Florian, rien n’évolue, bien au contraire. Il est d’ailleurs toujours en colère contre les partis d’extrême droite et d’extrême gauche pour leur récupération politique : « C’est regrettable. Ce mouvement était apolitique à l’origine. » Un tout qui allait à l’encontre de ses principes et l’a poussé à abandonner son gilet jaune.

« Je n’ai pas vraiment l’impression que le mouvement s’épuise »

Même si Florian a cessé de manifester, il reste concerné et continue d’y croire : « Au départ, je ne pensais pas que le mouvement allait tenir aussi longtemps ! Même si, effectivement, il y a de moins en moins de personnes sur le terrain. C’est normal. Au début, on s’organisait avec les congés pour participer, mais malheureusement, on ne peut pas prendre congé pendant trois mois ». 

« Je suis toujours à fond derrière eux  »

Même s’il a rangé son gilet jaune, il le porte toujours dans son coeur : « Je participe encore de temps en temps sur les réseaux sociaux. Je m’informe aussi beaucoup sur les actions et leurs conséquences ». Les Gilets Jaunes doivent continuer de manifester, car pour l’instant, selon Florian, ils n’ont rien obtenu. Grâce aux réseaux sociaux numériques, on peut soutenir le mouvement sans nécessairement participer aux samedis de manifestations. Il n’est plus réellement question de gilets jaunes, mais plutôt d’une aventure humaine qui n’est pas prête de se terminer.

Sophie Adam et Mélissa Keller

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s